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Mission d'étude en Allemagne

Une mission d’études très instructive

Du 4 au 8 mars derniers, AFCOBOIS organisait une Mission d'étude en Allemagne à l’occasion du salon Dach + Holz qui se déroulait cette année à Stuttgart. Parallèlement à la visite de ce salon, AFCOBOIS avait programmé la visite du quartier solaire de Fribourg en Breisgau, la visite du centre de formation de charpentier et constructeurs bois de Biberach et surtout la visite de sept entreprises de construction bois allemandes de toutes tailles, de l’entreprise d’une dizaine de salariés aux plus grosses et plus industrialisées entreprises allemandes ( Schwörerhaus, Baufritz, Exnorm-Kampa …). Enfin, avant de terminer ce périple dans le pays de Bade, nous avons visité le village exposition de Fellbach où nous avons été accueilli par Monsieur HUF, PDG de la société HUF et Président de l’une des deux fédérations allemandes de maisons préfabriquées.

Cet éditorial n’est pas un compte rendu de cette mission d’études (vous en trouverez un ci-après) mais plutôt une réflexion sur les entreprises de construction bois allemandes et sur leurs projets à venir.

Tout d’abord, les participants à cette mission ont tous été impressionnés par la qualité des produits de leurs confrères allemands et ce, quelque soit la taille de l’entreprise. La maison passive ou à très haute performance énergétique n’est pas un but ou un projet, mais bien une réalité quotidienne pour tous. Cela se traduit par des systèmes de murs à très haute isolation avec, dans la quasi-totalité des cas, des isolations multi-couches, par des menuiseries ultra-performantes, par un travail considérable sur l’étanchéité à l’air et, enfin, par des systèmes de ventilation (avec récupérateur de chaleur) très élaborés. C’est sur ce dernier point que devraient être concentrés les efforts dans les prochaines années tant l’isolation thermique de l’enveloppe est aujourd’hui performante.

Deuxième constat : les constructeurs allemands de maisons bois sont avant tout des vendeurs, même s’ils sont, pour la plupart, issus des métiers du bois. Ils déploient des moyens considérables pour vendre leurs produits : nombreuses maisons témoins (dans des villages expo), catalogues attractifs, actions de communication et de promotion, showroom parfois impressionnant … et, selon le principe qu’une maison construite est une maison qui a été préalablement vendue, ils consacrent un budget considérable à la commercialisation de leurs maisons en proposant à leur client un produit clés en mains et tout compris (cuisine équipée, salle de bain aménagée …). De plus, si les prix pratiqués, il y a quelques années, par les constructeurs allemands pouvaient paraître dissuasifs pour des ménages français, il n’en est plus rien aujourd’hui avec des tarifs de base autour de 120 000 euros.

Qualité et performance des produits, efficacité des techniques de vente … tout pourrait être idyllique pour les constructeurs bois allemands si le marché était au rendez vous et c’est sur ce point que le bât blesse aujourd’hui en Allemagne. En effet, après la réunification des deux Allemagnes, le marché a été boosté et les investissements en lignes de production ont été considérables ; des usines modernes et ultra-automatisées ont vu le jour ... et, en 1999, le marché du bâtiment s’est écroulé. L’Allemagne est donc aujourd’hui en surcapacité de production. Aussi, les entreprises de construction bois industrialisées regardent toutes vers l’export et tout particulièrement la Suisse, l’Autriche et l’Angleterre, mais aussi vers d’autres pays comme la France. Cette France où la protection excessive du consommateur (garantie décennale, CCMI …) constitue certes une difficulté mais pas un obstacle, selon les propos de Monsieur HUF.

Durant cette mission, nous avons été sollicités par nos interlocuteurs et homologues allemands pour établir des partenariats ou des collaborations dans différents domaines : technique, formation, assurances … Pouvons nous les ignorer ou, au contraire, dialoguer et échanger avec eux ?

AFCOBOIS s’est fixé comme objectif de structurer une offre de qualité pour répondre aux attentes du marché et pérenniser le développement de la construction bois en France. Nous ne pouvons ignorer l’offre qui vient d’Allemagne et ne pourrons hésiter longtemps entre une offre de qualité étrangère et des opportunistes français dont les réalisations non qualitatives peuvent nuire à toute la profession.

Face à ces nouveaux défis qui nous viennent de France ou d’ailleurs, nous serons plus forts si nous sommes unis. C’est dans cet esprit qu’AFCOBOIS a décidé de se rapprocher de la Fédération Française du Bâtiment pour développer notre métier de « constructeur bois ». Mais cela, je vous en parlerai plus longuement dans quelques temps.

En attendant, bon courage à tous.

Claude DAQUIN
Président d’AFCOBOIS

 

 

La MOB conjuguée au futur
Lundi 3 mars, rassemblement à Strasbourg et présentations : « Vivre
bois », « Le sens du bois », « Les maisons éco-durables »... De toute évidence, les constructeurs bois français surfent sur la vague de sympathie du matériau qu’ils transforment, et se rebaptisent au goût du jour. Mardi 4 mars, le car traverse le pays de Bade, de l’autre côté du Rhin. A proximité de la Forêt Noire, les maisons à colombage sont courantes et bien entretenues. On est en terre de charpentiers. Premier arrêt chez Holzbau Kirsten, un constructeur bois assez jeune,
équipé d’un centre d’usinage K2 de Hundegger, et qui déclare construire environ une maison par mois, selon un ratio que l’on retrouve un peu partout, quel que soit le degré d’équipement et la taille de l’entreprise : une maison par employé et par an. L’ouvrage en cours est un chalet pour la Suisse, avec une paroi dotée d’un U de 0,28 qu’on y juge tout à fait suffisant. La maison précédente était du même acabit et d’emblée, voici la morosité
du marché domestique qui transparaît. Son contraste avec le marché de la demande français
n’ira que s’amplifiant au cours du voyage. Déjà, les Français ne comprennent pas comment
Kirsten fait pour vendre sa paroi-type à un prix de marché qui est de l’ordre de 110 euros avec ossature, enveloppe extérieure en fibre de bois, ouate de cellulose insufflée et panneau contrelatté avec isolant
en fibre de bois pour combler l’espace réservé au passage des câbles et améliorer encore un peu la résistance thermique évaluée à U=0,11. En ajoutant sur chantier l’enduit extérieur et les plaques Fermacell côté intérieur, on arrive péniblement à 160 euros le mètre
carré, une valeur qui semble hors d’atteinte, et qui s’explique sans doute plutôt par le prix des matériaux que par la rationalisation des process de fabrication, sachant qu’un charpentier
qualifié est payé contractuellement 17,5 euros à l’heure. A noter que la K2 est utilisée pour revenir aux bons vieux assemblages en queue d’aronde, y compris pour l’emboîtement des parois sur les lisses basses. « L’ouvrage bouge de façon plus solidaire », explique le chef d’entreprise qui réalise systématiquement un test d’étanchéité à l’air « blower door » en fin de chantier et rassemble les données relatives aux consommations énergétiques effectives des maisons qu’il a bâties. « Un passage d’air de 12 mm de diamètre réduit à néant les performances
d’une paroi isolée de 12 m2 », explique-
t-il en connaissance de cause. Le souci de l’efficacité énergétique revient comme un leitmotiv, non seulement lors de la visite du quartier solaire de Fribourg en Breisgau ou sur le salon Dach+Holz à Stuttgart, mais également chez un inventeur comme M. Miocic de Miodul. Ce dernier a élaboré des parois-type constituées de modules manuportables qui s’emboîtent sur le chantier.
Le poteau massif de l’ossature est remplacé par deux éléments plus légers et plus petits, solidarisés par un panneau en fibre de bois qui fait figure de rupteur de pont thermique, et ferme latéralement les caissons où la ouate de cellulose sera insufflée par un orifice pratiqué dans la partie haute de la paroi ainsi empilée. Quant au centre de formation des apprentis de Biberach, sorte d’équivalent allemand de l’école Mouchard, un nouveau module théorique y a été détourné pour étudier les détails de l’isolation lors d’une intervention en rénovation, et ce grâce à des reconstitutions de combles en atelier,
grandeur nature.
Au pays des maisons toutes prêtes
Schwörerhaus, Baufritz, Exnorm-Kampa &hellip, Lehner : un parcours initiatique
dont la dramaturgie est éloquente. La première enseigne, issue originairement du négoce, a poussé la préfabrication en atelier aussi loin que possible, mais sa démarche d’automatisation se concentre tout particulièrement sur le pôle de fabrication des éléments d’ossature, où il joue le rôle de fournisseur international. Centré sur la maison industrialisée haut de gamme, le Bavarois Baufritz
est amené à automatiser tout ce qui peut encore l’être, ne serait-ce qu’à cause de l’utilisation
d’un isolant maison à base de copeaux mélangés à de la caséine et de la soude. Quant à Exnorm devenu Kampa, sa ligne de fabrication
d’éléments de maison est sans doute toujours
la plus moderne d’Europe, mais avec une capacité de production qui n’est exploitée qu’à 25 % en 1/8. Il ne fait pas vraiment de l’ombre au voisin Lehner, dont la taille est plus modeste, plus familiale, mais qui maîtrise parfaitement la relation au client. Les deux approches trouvent leur expression dans la coexistence de deux fédérations professionnelles dédiées à la maison préfabriquée. L’une, plutôt concentrée dans le grand sud-ouest de l’Allemagne (l’épicentre du mouvement), est précisément dirigée de père en fils par les Lehner. L’autre, dominante par le nombre
d’adhérents comme par leur taille, est particulièrement affectée par la baisse continue du marché allemand de la maison individuelle, et ne voit désormais de salut qu’à l’export. C’est du moins ce que son président, M. Huf, patron d’un constructeur spécialisé dans la maison poteau-
poutre en très haut de gamme, est venu déclarer au groupe français à l’occasion du bouquet
final que constitua, samedi 8 mars, la visite du village de maisons témoins de Fellbach près de Stuttgart. Les obstacles que constituent les questions d’assurance et les types de contrats parviendront tout au plus à retarder le déploiement
de l’offre allemande en France, affirme-t-il en substance. D’ores et déjà, l’enseigne Huf vend plus de maisons en Grande-Bretagne et en Irlande que dans son propre pays. Certes, les Allemands devront s’adapter à la solvabilité des clients français, à leur habitude de se satisfaire de prestations moins élevées. Mais ce voyage d’études témoigne d’une alerte particulièrement
inspirée. Car malgré tout le confort que procure depuis des années un marché où la demande en constructions bois excède l’offre, les participants ont bien compris où cela mènerait de se reposer
sur ses acquis et de ne pas exploiter dès à présent tous les gisements de productivité... mais sans perdre de vue le client !